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So you wanna be a fanzineux

 

 

 

La question revient régulièrement, posée par des visiteurs au regard brillant de mépris d’enthousiasme : comment devient-on fanzineux ? Généralement, c’est à ce stade que je réponds « demandez à MéluZine » pour des raisons fallacieuses telles que « c’est leur spécialité d’aider les fanzineux existants ou en devenir » et « ils ont des brochures avec des jolies images ». Mais je comprends : les organismes inconnus et plus compétents, ça n’inspire pas confiance quand on les compare à la personne chaleureuse et glorieusement bouclée qui vous fait face.

 

Voici donc le guide honnête de la Voie du Fanzine(TM), séparé en plusieurs parties de taille scandaleusement irrégulière :

A -- Pourquoi devenir fanzineux

B -- Comment fonder son fanzine ?

C -- Comment continuer son fanzine ?

D -- FAQ

 

A -- Pourquoi devenir fanzineux ?

Il existe une multitude de raisons de devenir fanzineux. Pour ma part, et pour celle de beaucoup d’autres, c’est pour se permettre des publications libres d’un regard éditorial/commercial : que vous souhaitez publier un mélange de BD et de roman ou une nouvelle introspective sur la vie d’une miette de pain, le fanzinat rend la chose possible. Vous choisissez vos couvertures, vos résumés, votre angle de promotion : au public, ensuite, de juger. En sus, on y gagne des retours directs sur ses œuvres, un contact immédiat avec les lecteurs... Bref, c’est moultement sympa.

Ça peut être aussi pour l’argent. C’est pas si mal, l’argent. Ou pour rencontrer des amis créatifs, ou pour se motiver à dessiner, ou juste pour le fun... Bref, il y a autant de raisons que de fanzineux.

 

 

B -- Comment fonder son fanzine ?

La fondation d’un fanzine nécessite trois éléments principaux :

- Un nom. Le nom n’a pas besoin d’avoir le moindre rapport avec la choucroute, donc lâchez-vous ! Tant que ça claque, c’est l’essentiel. Oubliez « Association des jeunes auteurs montmorenciens », accueillez « TRiPLE MONkEY MAgIC ». La seule limite, c’est votre capacité à assumer quand vous expliquerez à vos parents pourquoi vous ne serez pas présent à l’anniversaire de Tatie Germaine.

- Des membres. Tenir un fanzine seul est possible mais pas optimal : même si vous cumuliez les dons d’écriture, de dessin et de vente en un seul corps (petit veinard), vous risquez de pleurer au moment de porter vos stocks tout seul ou de tenir huit heures de salon sans pause toilette. Une bonne alternative peut être d’inviter un copain très bonne pâte (ou un petit ami) pour qu’il vous assiste, en prétextant le « bonheur de sa compagnie » et en omettant de mentionner les levers à six heures du mat en week-end.

Note importante : Ayez un pseudo. Le pseudonyme est au fanzineux ce que le costard-cravate est au cadre supérieur : une marque de sérieux.

- De l’argent. C’est sale mais c’est ainsi : vous aurez besoin de fonds pour faire imprimer les fanzines et les goodies, payer votre stand et, surtout, acquérir l’indispensable nappe ignifugée. Certes, toute votre marchandise est en papier et, en cas d’incendie, prendra donc feu comme Alice à Abdoland, mais au moins, la table sera sauvegardée et c’est l’essentiel.

 

 

C -- Comment continuer son fanzine ?

C’est très facile de créer un fanzine ; c’est autrement plus difficile de le continuer. Voici donc les sages conseils de tata Sen pour dépasser la première réunion ou le premier salon :

 

1) Choisissez les bons membres

Tout comme le JDR, le fanzinat est un domaine où l’amitié doit passer derrière le réalisme. Marie-Mireille vous filait peut-être ses goûters à la récré, mais vous devez vous poser trois questions en acceptant de bosser avec quelqu’un :

a) Sait-il dessiner/écrire/vendre de manière satisfaisante pour vous ?

b) Sait-il tenir des deadlines ? Pour en avoir une idée, guidez-vous à sa fidélité de rendus scolaires si vous pouvez ; autrement, fiez-vous à sa faculté à tenir ses promesses (« bientôt plus de nouvelles sur mon univers ! ») ou à finir ses colos.

Si non : est-ce parce qu’il a tendance à traîner une ou deux semaines après la date-limite ? Dans ce cas, apprêtez-vous à avancer systématiquement les dates de rendu par rapport à la réalité et à devoir lui coller régulièrement la pression. Si c’est parce qu’il a plutôt un mois, deux mois..., un an de retard, voir ne finit jamais : voyez selon votre patience et votre conviction de pouvoir l’amener vers la Lumière, et prenez en compte le fait que vous aurez envie de l’égorger à un moment ou un autre.

c) Peut-il gérer ce qu’inclut le fanzinat, à savoir : céder sur les décisions où il est en minorité, se lever tôt certains week-ends, ne pas déléguer tout le boulot aux autres ? Là encore, vous décidez de ce que vous pouvez tolérer. Préférez-vous vous charger seul de tous les détails administratifs ? Êtes-vous un expert en tapotage de dignités créatrices offensées ?

Ne pensez pas que l’amitié suffira à corriger les vices de Jean-Charles ou la paresse de Lily-Kailee : c’est un coup à transformer vos soirées potes en tentatives de noyade dans un bol de punch au pamplemousse.

 

2) Organisez-vous !

Le fanzinat, c’est une main de n’importe quoi dans un gant d’acier. Quels que soient vos projets, vous aurez besoin de vous poser les questions suivantes :

a) Qu’est-ce qu’on fait ? Vous n’êtes pas forcé d’avoir une ligne éditoriale fixe ou de figer vos productions dans l’acier, mais si vous vous concentrez sur des goodies fandoms, votre vie va être différente d’un fanzine de romans fantastiques : vous privilégierez Paris Manga au Salon de la Fantasy, disons. Si vous vous spécialisez dans les BDs érotiques, attendez-vous à devoir réserver un coin de la table assez éloigné et distinctement séparé à votre album jeunesse. Si vous écrivez du yaoi, oubliez la foire aux livres de Saint-Brieuc (ou non, si vous êtes d’un naturel taquin).

b) Qui fait quoi ? Laisser la chose à l’instinct et à la nature de chacun, c’est un coup à s’apercevoir que personne n’a répondu au mail urgent de trois mois plus tôt. En sus, très capitalistement, une meilleure répartition des tâches assure une répartition plus équitable des profits.

c) Qui fait quoi quand et comment ? A l’ère d’internet, vous aurez besoin d’un rythme de sortie relativement régulier, au moins une par an. Rappelez-vous qu’un salon est peu rentable quand vous n’avez rien de neuf à y vendre. De même, vous aurez besoin de vous organiser pour chaque salon : sachez quels week-ends vous devez réserver, comment vous y rendre, quels stocks vous devez refaire, quand vous devriez commander vos nouvelles cartes ou vos nouvelles goodies.

 

3) Soyez un fourbe communicant (moustaches maléfiques non obligatoires)

Peu de choses sonnent aussi maléfiques que le mot « communicant ». Pourtant, la communication et l’apparence sont essentielles en fanzinat. Le visiteur/le nouveau client ne vous connaît pas : c’est à vous de lui donner envie de s’approcher de la table pour examiner le fruit de votre génie sans limite. Si vous débarquez sans nappe (ignifugée §§) et sans affichages ou que vous entassez votre production sans réfléchir partout sur la table, vous n’invitez pas le regard.

Quel message transmet votre présentation ? Des posters exclusivement shojo ne vendront pas vos romans d’aventure. Une nappe vert pastel et des cadres roses bonbons n’annonceront pas vos BD cyberpunk. N’hésitez pas à utiliser des étiquettes pour indiquer le genre de vos fanzines : mettez-vous dans la tête du visiteur.

De même, la communication inclut le professionnalisme. Si vous vendez de façon malhonnête une marchandise abîmée ou torchée, ou ne finissez pas vos séries, eh bien... Déjà, c’est vraiment pas très bien, doudidonc, et ensuite, votre réputation s’en ressentira forcément.

 

D -- FAQ

1) Mon fanzine ne suit pas exactement ces préceptes d’une sagesse qui me fait frémir ; suis-je donc condamnée au chagrin et à la dévastation ?

Non.

2) Quel est le nombre idéal de membres pour un fanzine ?

Un nombre impair, pour organiser des votes en cas de dissension. Demeurez néanmoins vigilant : à partir du moment où vous êtes assez nombreux pour vous organiser en partis, vous avez peut-être trop de membres.

3) Mon amie-collègue veut insérer son amie dans le fanzine : dois-je accepter ?

Si vous connaissez l’amie-d’amie en question, posez-vous les mêmes questions que pour n’importe qui d’autre. Si vous ne la connaissez pas ou que vous hésitez, la meilleure solution est d’instaurer un certain nombre de salons-test : l’amie paie un badge exposant (mais pas la table), sort ses fanzines et ses goodies et vous opérez en séparant les bénéfices. Vous verrez assez vite si vous supportez la bête ou s’il convient de procéder à un exorcisme.

4) Comment répartir les bénéfices ?

Remboursez chaque membre du fanzine des frais avancés pour le fanzine, puis battez-vous pour les restes. Si vous êtes le plus faible, exigez que la répartition se fasse au puissance quatre.

(Plus sérieusement : ça dépend de vous. Vous pouvez répartir tous les bénéfices réunis, considérer que chacun ne gagne que ce qu’il vend, constituer une caisse qui ne sort jamais du fanzine... Tant que vous êtes à l’aise avec vos choix, tout va.)

5) Comment gérer mon premier projet fanzine ?

En général, ne commencez pas par une série. Non seulement vous allez sans doute commettre des erreurs ou des maladresse que vous n’assumerez pas d’ici la parution du volume suivant, ce qui vous démotivera, mais en plus les gens sont moins enclins à acheter la série d’un fanzine qui n’a pas fait ses preuves (= prouvé qu’il savait finir ses séries).

Prévoyez une deadline large, commencez par un projet court et assurez-vous, si vous pouvez, d’avoir un regard critique sous la main.

6) Comment gère-t-on la séparation d’un fanzine ?

a) Comme on peut.

b) En prenant beaucoup de captures d’écran et en sauvegardant les SMS afin de les montrer plus tard à des amis convenablement indignés.

c) Chacun rachète ses stocks, les remboursements possibles sont effectués, une vengeance sanglante est jurée.

7) Faut-il obligatoirement un chef au fanzine ?

Non.

8) Faut-il un badge ou un brassard spécial pour le chef du fanzine, s’il y a ?

Oui. Rouge. Avec un lampion.

9) Comment bâtir un lectorat avide de mon corps ?

Le talent, le professionnalisme, la chance, un pacte avec Satan.

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